
Alors qu'on trouve, un peu partout à l'étranger tout autant qu'en Allemagne, des universités ou des établissements supérieurs techniques, la Fachhochschule est une création spécifiquement allemande et, sous sa forme actuelle, de récente date. Mais sa popularité croît rapidement et, déjà, un quart de tous les étudiants allemands qui entreprennent des études supérieures choisissent une Fachhochschule. Le nombre des étudiants inscrits dans les Fachhochschulen s'est multiplié par cinq depuis leur création et 32 % de tous les diplômés de l'enseignement supérieur y ont fait leurs études et obtenu leur diplôme. Dans certains domaines, comme par exemple les formations d'ingénieur, plus de la moitié des diplômés sont passés par une Fachhochschule.
Ce qui attire surtout les étudiants c'est avant tout le chemin généralement plus court qui mène à l'exercice d'une profession. Car l'enseignement dans une Fachhochschule - et c'est là sa particularité - est fortement orienté vers la pratique. Les cursus d'études sont strictement organisés, les cours se déroulent en petits groupes, des examens sanctionnent chaque matière et l'éventail des études est fortement influencé par les exigences de la pratique professionnelle: tous ces facteurs rendent possibles des durées d'études moyennes plus courtes qu'à l'université. Les périodes exemptes de cours ou vacances universitaires (Semesterferien) sont généralement plus courtes qu'à l'université. Cela ne veut pas dire que l'on y a sacrifié le savoir: les Fachhochschulen ne prodiguent pas uniquement l'enseignement, elles encouragent également la recherche. Mais cette recherche est elle-même orientée vers les exigences pratiques, les possibilités d'application. Il s'ensuit qu'on y chercherait en vain des cours "exotiques" ou des cursus purement théoriques. L'éventail des matières est surtout conçu pour répondre à la demande en cadres avec une formation académique dans les professions d'ingénieur, le commerce, le design et le secteur social. A la Fachhochschule, la fin des études est sanctionnée par un "Diplom (FH)". De plus en plus de Fachhochschulen proposent des filières débouchant sur le diplôme de "Bachelor" ou "Master", compatible à l'échelon international.
La création de ces établissements en Allemagne est le résultat des discussions en matière d'éducation vers la fin des années 60. Pour se maintenir face à la concurrence internationale, l'économie allemande réclamait des collaborateurs de plus en plus qualifiés, capables de résoudre, grâce à leurs compétences académiques, rapidement et efficacement des tâches pratiques. Les Fachhochschulen s'engagèrent dans cette voie.
La plupart des Fachhochschulen furent créées à partir d'établissements déjà existants qui offraient une formation professionnelle relativement poussée dans un nombre limité de matières et sans prétention scientifique. Des écoles d'ingénieur et des écoles supérieures de commerce étaient de ce nombre. En 1969, une décision des ministres de l'Education des Länder (en Allemagne, le système d'éducation relève de la compétence des Länder), et la Loi-cadre sur l'enseignement supérieur adoptée par le gouvernement fédéral, en 1976, élevèrent les Fachhochschulen au même rang que les universités et autres institutions comparables. Comme ces dernières, elles sont autonomes dans le cadre des lois des Länder, c'est-à-dire que la liberté de la recherche et de l'enseignement et le principe de l'autonomie administrative sont garantis. Depuis, le gouvernement fédéral et les Länder poursuivent une politique qui maintient cette multiplicité dans l'enseignement supérieur, en augmentant le nombre des Fachhochschulen ou en élargissant celles qui existent déjà.
Depuis la réunification allemande, cette politique a acquis une nouvelle dimension pour s'étendre aux nouveaux Länder. Sur le territoire de l'ex-RDA, il se trouvait des établissements, comme les écoles supérieures d'ingénieur, dont le niveau académique était déjà comparable aux Fachhochschulen ouest-allemandes. En outre on a transformé en Fachhochschulen, de même que dans l'ancienne République fédérale, des écoles d'ingenieur et d'autres écoles spécialisées.
Déjà de par leur nombre, le choix de Fachhochschulen offert aux étudiants est vaste. On en compte plus de 150. En plus, 31 FH, créées par les gouvernements de la Fédération et des Länder pour leurs besoins propres, sont réservées aux membres de la fonction publique. Mais les autres sont accessibles à tous, y compris bien sûr aux étrangers. Elles relèvent, en majorité, de la compétence des Länder qui en assurent aussi le financement. En outre, il existe 44 Fachhochschulen reconnues par l'Etat, dont 19 sont confessionnelles et 25 privées. Enfin, mentionnons aussi l'existence de cinq universités intégrées (Gesamthochschulen) qui offrent des cursus d'études du niveau des Fachhochschulen. Ces universités intégrées sont nées du regroupement d'une université, d'une école supérieure de pédagogie, d'une Fachhochschule et, dans une certaine limite, d'une école supérieure des Beaux-arts en un même lieu. Elles offrent à l'étudiant une gamme encore plus étendue de possibilités dans le choix des cursus d'études et des diplômes ou titres de fin d'études, même au cours des études.
Depuis qu'a pris fin leur phase de construction et de consolidation, et sans renoncer à leur vocation régionale, les Fachhochschulen ont amorcé une ère de collaboration. Elles cherchent à conclure des accords de coopération avec des institutions étrangères et encouragent leurs étudiants à séjourner à l'étranger, de même qu'elles invitent les étudiants étrangers à venir dans leur établissement. En conséquence, de nombreuses FH offrent maintenant des cursus avec études à vocation internationale qui sont sanctionnés par un double diplôme, c'est-à-dire un diplôme allemand et un diplôme étranger ; en outre, des diplômes et certificats supplémentaires peuvent être obtenus durant les études à l'étranger.
Les Fachhochschulen proposent tout un éventail de matières dans une quinzaine de filières avec de nombreuses spécialités. Pour la seule formation des ingénieurs, on relève quelque 25 cursus différents. D'autres filières incluent l'économie, l'administration, les sciences sociales, la santé et la thérapie, les mathématiques, l'informatique, les techniques d'information et de communication, l'art, le design et la restauration d'oeuvres. La nouvelle spécialisation des techniques d'information et de communication compte les cursus suivants proposé dans la majorité des Länder : archives, bibliothéconomie et documentation, interprétation, traduction, muséologie, mais aussi des cursus proposés dans quelques établissements seulement, comme la gestion dans le domaine des médias, la rédaction technique, le commerce du livre, l'édition, etc. Grâce à ce choix de disciplines, les Fachhochschulen sont devenues un des piliers de l'enseignement supérieur allemand. Environ 420 000 étudiants, dont 30 000 étrangers, étudient aujourd'hui dans les établissements de ce type. Cette affluence a un inconvénient : là aussi elle entraîne à sa suite de sévères restrictions d'admission dans certaines disciplines.